… Le soleil, l’humidité, le vent, le sel, la pluie ; les éléments nous apprennent à ne pas trop faire nos malins, sinon on rouille, on sèche, on macère, on s’écroule !
Prenons par exemple la charge mentale du soleil. On ne va pas se mentir, il nous est indispensable pour recharger nos batteries, faire marcher le peu d’électronique que nous avons à bord, pour boire et cuire nos repas. Le matin, on se lève, on regarde le soleil, on checke les batteries, on lance le dessal’, on fait du pain, nos yahourts, on nettoie nos vêtements de base, on lance un four solaire pour le repas du midi, voire du diner.
Mais attention ! Monsieur le soleil est affable mais il crame tout. Héhé. Les peintures, les vêtements, les voiles, les bâches de protection solaires, nous. Il arrive que l’on croise des familles très organisées dont les enfants sont parfaitement harnachées de leurs lunettes, chapeaux et lycras. Et là je voudrais dire « chapeaux » ! On y travaille d’arrache pieds, viendra un jour où nous dirons « Hourra, nous n’avons plus à houspiller nos filles en train de courir cul nu sur le pont sous le soleil de plomb ! ».
Avec le soleil, la chaleur… (additionné à la pluie, l’humidité), la vie est fourmillante ! A peine a-t-on le dos tourné qu’un foyer de pousse pieds s’installe sous le bateau, des petits crabes s’abritent dans les passes coques, les guêpes viennent aménager leurs terriers dans nos placards, tranquille Emile vas-y qu’on y planque des petits verres pour plus tard, les charançons arrivent comme par enchantement dans les paquets de riz, les mites alimentaires se mettent à voler, les minuscules fourmis affluent dans la cuisine, et des cafards embarqués lors d’un passage à quai s’établissent dans les fonds. Les cafards, c’est comme les fumisteries ! Si tu en vois un, c’est qu’il y en a 10, et si tu en vois 10, c’est qu’il y en a 100. Et croyez-moi, le truc court, rampe, vole, et nage. Increvable.
Avec la chaleur, la vie se développe vite. Très vite. La vie foisonne à la hâte et s’installe menu dans la nôtre. Le soleil nous sèche, le sel creuse, les plaies bouillonnent et deviennent des fresques mauves et suintantes, on comprend mieux pourquoi Brel et Gauguin sont morts ici !
Et puis, la pluie. La pluie, c’est fabuleux, les filles se chargent de récupérer de l’eau à tout va, c’est tellement précieux. C’est la vie ! Ca rince le bateau, ca fait des douches faciles ! Mais n’oubliez pas de retirer le linge qui sèche, vérifiez bien d’avoir refermé les panneaux, que l’annexe puisse bien s’écouler, que le kayak est remonté. La pluie battante s’immisce partout, l’humidité nous guette. Rien ne sèche plus. Ca pue. C’est pumide !
Je vous ai parlé du vent ? Monsieur le vent sans qui ne nous pourrions pas nous déplacer … mais qui parfois s’excite un peu, il fait le fou, il nous envoie de très grosses rafales qui font tout valdinguer. Et les moments d’égarements, ou l’on se relâche un peu, ou la flemme nous mange le visage, où l’on oublie la serviette sur la filière bâbord, qu’alors elle file au loin et coule à pic, que l’on saute à l’eau habillés et que l’on plonge pour la reconquérir, que l’on remonte épuisés à l’arrière du bateau, nous voilà si stupide, nous et nos idéaux écolo !