Nous avons perdu notre annexe à voile !

Nous avons perdu notre annexe à voile, Zaï Zaï junior, voilà c‘est dit.

On pourrait dire que nous l’avons perdu sur une erreur de relâchement, en tout cas sur une erreur devenue fatale qui rappelle que le milieu dans lequel nous vivons est assez impitoyable et laisse peu de chances à la bavure ! Une bavure donc. Un noeud marin simple au taquet (un tour mort et deux demi-clés) avec le bout flottant. C’est aussi et surtout une annexe pas remontée sur les bossoirs. Ce qui aurait dû être fait. Ce qui était presque toujours fait, le problème c’est le “presque”.

Ce jour là, nous rentrons tout juste d’une balade en annexe à voile, nous terminons une journée très remplie avec le déssalage des enfants dans la jupe du bateau, on est probablement un peu sur les rotules, nous voilà invités à la dérobée pour boire un verre sur un bateau-copains, pour une heure, trois fois rien, et en plus on vient nous chercher, alors on se décide vite, rien n’est vraiment rangé dans le cockpit mais on se dit de lâcher prise, Relax on remontra l’annexe en rentrant.

1 heure d’apéro qui se transforme en 2 heures bien tapées, et tout du long Gweno pense à son noeud, un noeud qu’il-était-bien-mais-qu’il-était-pas-suffisant !

22h30. On se décide à rentrer. Nos potes nous déposent à bord de Zaï Zaï. “Mais non !??? …. Merde !!!”.

Interloquée, je regarde Gweno stupéfait et je comprends. Plus d’annexe.

ll fait nuit noire, pas de lune, une légère brise de 3-4 noeuds. Il faut imaginer nos 3 bateaux mouillés au large d’un motu*, c’est à dire, au milieu de presque rien. On ne panique pas tout de suite. On part à sa recherche avec des projecteurs. On essaie de calculer la dérive, on fait 4 milles sous le vent. On c’est Gweno et Fab (pendant que je gère les petites à bord). Ils se disent que peut-être l’annexe est déjà échouée sur la plage de la seule île possible dans notre sillage. A 6 heures du mat, soleil levant, on décolle pour Taravaï. Rien. On se décide à sortir de l’atoll dans la foulée, on descend plus de 20 milles et on forme un cône de recherche en tirant des bords.

18h. Nous sommes épuisés, tenir le regard dans les jumelles au soleil nous crame les yeux. Et puis, justement, le soleil se couche, on arrête nos recherches. L’espoir s’éloignait franchement à mesure que nous remontions les derniers milles. On pose l’ancre. On se regarde et on réalise. On a vraiment perdu l’annexe.

*Un motu (/mo. tu/) est un îlot de sable corallien sur la couronne récifale d’un atoll ou à l’arrière d’un récif barrière d’île volcanique

Notre annexe en bois que l’on a mis des mois à imaginer, des semaines à construire, et à peine une année à utiliser. On est tristes.

Dans le fond, c’était plus qu’une annexe, plus qu’un simple moyen de transport au mouillage, qui allait bien au delà de la perte sèche de notre mise financière et du temps passé. On avait aussi placé en elle cette aspiration à lier fun, plaisir et sobriété dans notre façon de voyager. Elle était hyper cool, une évidence, on voulait convaincre le monde entier (bon enfin surtout les gens qui vivent en bateau) d’avoir la même, oui on en était très fiers.

Bref, voilà, c’est la vie. On a joué, on a perdu et c’est pas la fin du monde.

On ne va pas non plus en parler pendant des heures, on est doucement en train de passer à autre chose, d’autant que Gweno a commencé à dessiner la prochaine.

Et en attendant, on espère que notre petite annexe va se retrouver bien vite des propriétaires, ca nous amuserait beaucoup de regarder dans 10 ans un docu’ sur les îles Salomon, avec notre annexe en arrière-plan usée par les années de travail.

Tu nous accompagnais faire nos courses, tu droppais les enfants à l’école, tu surfais sur les petites vagues des annexes à moteur, tu gagnais toutes les régates des mouillages haut la main, tu nous emmenais faire la passe de Fakarava sud, tu nous assistais dans nos sessions d’apnée au large des motu, quel bonheur de faire les dérivantes en ta compagnie, tellement légère et si agile que même à la rame tu restais un vrai plaisir.

Avec toi, on a pêché, on a snorklé, on a pris la pluie le vent le sel les vagues, on a nagé avec les dauphins, on a vu les requins et on a taillé la route.

Au revoir petite annexe, vis ta vie et merci pour tout !

 

How many years can a sail dinghy exist

Before it’s washed to the sea?

Yes, ‘n’ how many years can some sail dinghy exist

Before they’re allowed to be free?

Yes, ‘n’ how many times can a boat turn her main sail,

Pretending she just doesn’t see?

The answer, my friend, is blowin’ in the wind,

The answer is blowin’ in the wind.

Nos précédentes aventures